Tu me manquais moins de loin

Tu viens seulement de partir que déjà tu me manques, puisqu’il y a un grand vide là où ton corps s’étendait dans mon lit hier soir et que, malgré les efforts, nulle couverture ne peut égaler la chaleur de ta peau sur la mienne. Je sens le faible courant d’air émis par mon ventilateur, que je n’ai pas touché depuis que tu l’as fait, et je m’attriste du fait que tu n’aies rien oublié qui me rappellerait que tu étais là. Tout ce qu’il me reste de toi est un tas de cari répandu sur la table de la cuisine à côté d’un dépliant de musée froissé qui font naître en moi un sentiment de nostalgie pour un jour qui n’était qu’hier.

La peur m’anime en cette soirée des plus anodines: une peur à la fois douce et violente. La peur de perdre un amour plus grand que ce que l’imagination peut créer. J’ai été laissée tant de fois auparavant, chaque fois un peu plus facilement. On s’habitue à laisser partir les gens qui ne veulent pas être dans notre vie. Je continuerais aisément de survivre sans toi, mais l’idée de vivre à tes côtés m’apparaît plus doucement et je crains de perdre ce potentiel futur couleur barbe à papa à quelque part dans les 600 kilomètres d’eau salée et de pavés qui nous séparent.

En réalité, ce n’est pas seulement toutes ces heures de voitures et de bateau et d’autobus qui m’inspirent la soudaine précarité de notre relation, mais plutôt le sentiment que tu ne connais pas l’amour que je te porte et que je ne pourrai jamais te le traduire pleinement outre par ma présence. Ces mots que j’écris ici n’en sont qu’une faible tentative qui ne te sera peut-être jamais dévoilée puisque je crains que l’ampleur de mes sentiments ne te fasse te refermer sur toi-même à la manière de ta main sur la mienne.

Mais ce n’est pas ainsi tous les soirs, puisque je continue de croire que tu m’aimes et que je te manque malgré mes inlassables remises en question de ma capacité à être aimée. Une partie de moi croit en nous avec la force de 18 armées parties en guerre contre la distance et, ces soirs où je me couche dans mon grand lit vide, je me rapelle tout l’amour qui parcourt ces 600 kilomètres de marées et de vents. Ces soirs, la peur me quitte pour laisser place à l’excitation, puisque je sais qu’il y a un jour qui arrive à la course où tu seras là et où la nostalgie d’hier n’aura plus lieu d’être.

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Les pensées éparpillées et la tête qui tourne

Les pensées éparpillées et la tête qui tourne

T’es là. Assise, debout, couchée. T’es là et t’es bien. T’es calme, tu respires.

T’es là et tu respires, puis tu respires plus. Puis le ciel commence à tomber et les murs se referment et tu pense mourrir. Tu penses que c’est la fin du monde. Tes paupières, ton coeur, l’humanité battent trop vite. Le temps s’écoule et s’écroule et plus rien ne va.

T’es là, mais t’es plus là. Ton monde s’effondre et tu penses mourrir. Tes mains tremblent, cherchent. Elles s’activent à chercher quelque chose à quoi s’aggriper. Un bureau, une chaise, une ancre.  Tes mains cherchent mais ta tête cherche plus fort. Tes doigts tremblent, mais ton cerveau encore plus. Tu le sens. Tu le sens trembler et palpiter et vibrer et tu te dis que quelque chose va exploser là-dedans. C’est certain. Tellement de pression, on dirait qu’un étau te serre les tempes. Et ta vue s’embrouille et le monde tourne et tout va trop vite puis le temps s’arrête. Le temps s’arrête, mais ta respiration s’accélère. Encore. Ton corps te lâche, t’as peur. T’as peur de quoi? De tout, de rien, de quelque chose qui n’existe pas.

T’es là. Assise, debout, couchée. T’es là et plus rien ne va. Tu penses mourrir. Mais pourtant tu vis. Et tu vivras.

La plus belle soirée de ma vie

La plus belle soirée de ma vie

La ville est recouverte d’un épais brouillard ce soir. La cime des arbres se perd dans ce vaste duvet gris. La minuscule télévision qui orne un coin de ma sobre chambre déblatère des âneries destinées aux pré-adolescentes en quête d’un prince charmant. Rien de mieux pour nous remonter le moral.

I’m done with guys. Je m’en fous.

Bien sûr que non. Je voudrais tellement m’en foutre, mais ma tête et mon coeur sont en guerre. J’ai fait tellement d’efforts pour ne pas me laisser ressentir, en vain. Je suis emportée par une vague mielleuse à l’idée de toi ou de nous.

I like you so much I hate you. Pourquoi ça doit toujours être compliqué?

J’attrape la première bouteille qui me tombe sous la main. Quelle idée attrayante. J’embrasse de mes lèvres le goulot et le liquide transparent enflamme mes entrailles tel le feu qui me brûle de l’intérieur chaque fois que je pense à toi. Cette flamme n’est point celle d’un amour brûlant, mais plutôt celle d’un désespoir profond et perturbant.

My life fucking sucks, tu m’énerves et j’aimerais tellement pouvoir te détester, mais je ne fais que te désirer.

L’alcool altère mes pensées et ma vue; ou peut-être serait-ce les larmes qui commencent lentement à former un voile devant mes yeux.

Je ne savais pas que j’avais ce genre de sentiments pour toi. Je sais que j’ai tendance à m’emballer rapidement, mais jamais au point de verser des larmes. Il est vrai que nous parlons depuis maintenant 2 mois et que j’ai l’impression de te connaître mieux que je connais bien de mes amis de longue date. Il est vrai également que tu as implanté des idées de romance et de potentiel futur dans mon esprit.

-Pourquoi tu me fais ça?

J’ai toujours voulu rencontrer quelqu’un comme toi, seulement pas dans ces conditions.

I fucking hate you, you don’t even know.

Ça aurait pu être tellement merveilleux si ça avait fonctionné. Peut-être que ça peut encore fonctionner… Ces espoirs me tuent.

Cette bouteille me semble de plus en plus attrayante. Une autre lapée d’enfer liquéfié; d’autant plus de baisers langoureux dans mon lamentable écran qui me rappelle pourquoi je bois. La plus belle soirée de ma vie.

Grisaille d’un samedi soir

Grisaille d’un samedi soir

Une goutte de pluie en cette journée grise
flocon perdu dans la tempête
grain de poussière dans l’Univers
gringuenaude, insignifiance
rien de plus, rien de moins
que presque rien
pauvre existence sans conséquences
qu’un brin d’énergie
qu’un corps sur Terre, qu’un corps en terre
un de plus, un de moins
où est la différence
la plage restera belle
et le désert cruel