J’adore Pâques.

En fait, Pâques, je m’en fous un peu. Mais chaque année, ce dimanche-là, ma famille du côté paternel se réunis à la cabane à sucre. Et c’est merveilleux. C’est horrible, mais merveilleux.

Je crois que cet après-midi là est le plus long de l’année. Et pourtant, chaque année, je l’attends impatiemment. Toute la famille est là. Ça parle fort, tout le monde est toujours en mouvement, on a pas de place à marcher: c’est le bordel. À chaque fois, j’en ressors avec un mal de tête incroyable. J’arrive et j’ai déjà envie de partir, mais je ne manquerais ça pour rien au monde.

Je me réveille le matin et je redoute déjà l’après-midi. J’enfile mes vêtements les plus vieux et je descends déjeuner. Je me force toujours à manger plus qu’à l’habitude parce que je déteste la bouffe de cabane à sucre de tout mon coeur. Le stew, les cigares au chou, les patates bouillies sèches. Alors je me remplis le ventre d’avance et rendu là-bas, je grignote.

Y’a toujours un 15 minutes après que tout le monde soit arrivé où je me fais asséner de questions de matantes. «As-tu un p’tit chum, là?» «Y va comment ton p’tit chum, là?» «Pis, les études?» «T’étudies en quoi, là?» J’haïs ça. C’est la plus belle façon de me faire savoir que je ne suis d’aucun intérêt: on fait le tour des sujets obligatoires dès le début et après ça, on a plus à se parler. C’est toujours ben ça.

J’ai jamais eu grand chose en commun avec ce côté-là de ma famille. Ils sont enfermés dans leur petit monde et ont tendance à pas trop se préoccuper d’autre chose qu’eux-même. Quand je les vois, tous dans la même pièce, j’ai généralement envie de m’arracher la tête. Un après-midi à la cabane à sucre, avec eux, c’est interminable.

Ma bouée de sauvetage, c’est ma mère. On s’asseoit, les deux, une à côté de l’autre. On s’asseoit sur le divan orange fleuri, probablement aussi vieux et poussiéreux que le plancher de contreplaqué, et on parle. Et on se plaint. Assises là, sur le magnifique divan orange fleuri.

On sait de façon indéniable qu’on «fitte» pas pentoute dans le décor. Ça boit, ça crie, ça court partout, mais nous on s’asseoit et on chuchote. De temps en temps, une cousine nous interrompt. «Est-ce que tu chantes encore?» «Non, mais j’aimerais ça.» Et le reste de la conversation se passe au «je». Je m’en fous un peu dans le fond. Je sais que je ne les intéresse pas, et je n’ai aucunement l’intention d’y changer quoi que ce soit. On s’entend pas, qu’est-ce que tu veux que je te dise! Je me tais et je me bourre la face de sucre; je ne demande rien de mieux.

Je crois que cet après-midi là est le plus long de l’année. Et pourtant, chaque année, je l’attends impatiemment. Parce que toute ma famille est là et que ça boit et que ça crie et que ça court. Parce que je déteste aller à la cabane à sucre à Pâques, mais que je ne manquerais ça pour rien au monde. C’est ma tradition, à moi. C’est ça.

Il y en a qui font des chasses aux trésors et qui mangent des oeufs en chocolat, moi, je m’asseois sur un vieux divan orange fleuri, avec ma mère, au milieu de la cacophonie, et je parle.

Et j’adore ça.

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