Joual: l’histoire d’un peuple

Joual: l’histoire d’un peuple

Langage distinctif de la communauté franco-québécoise, que reprochons-nous donc au joual? Ce sociolecte coloré à l’image de son peuple perdure depuis des décennies, pourtant l’idée de le considérer comme un langage à proprement parler n’est toujours pas un fait acquis. Impur, jonché d’expression dont la provenance anglophone est déformée : un français sali qu’on aurait traîné dans la boue qu’est notre héritage culturel.

Qu’est-il donc arrivé à la langue de Molière, si lyrique; quelle majestueuse erreur avons-nous commise? Un temps fut, à un certain point de l’épopée qu’est l’histoire du Québec, où le français, le «vrai», était entendu dans les rues de Montréal et d’ailleurs. Les colons français vivaient paisiblement (au point de vue linguistique, du moins) dans leur univers où «a» se prononce bel et bien «a». Puis un jour, les Anglais, maléfiques et vicieux (rien de moins), débarquèrent au pays. Ils prirent possession du territoire et tentèrent d’assimiler les francophones. De toute évidence, leurs maintes tentatives furent vaines, puisque nous sommes toujours là, et toujours bien francophones…ou presque. En effet, plus tard dans cette histoire beaucoup trop longue pour être racontée en détails, nos ancêtres cohabitèrent avec les anglo-saxons dans une société dont la tête laissait entendre des mélodies shakespeariennes. C’est alors à Montréal, métropole industrielle et commerciale, que nacquit le joual, mariage du français et de l’anglais. Les hommes, forcés à travailler en anglais, commencèrent à ramener des expressions issues de ce même langage à la maison. Les femmes, francophones et fièrent de l’être, s’approprièrent ces mots pour en faire de nouveaux, que l’on appelle aujourd’hui anglicismes. La leçon de cette histoire? Travail et vie privée ne font pas bon ménage, et c’est la faute des Anglais (toujours).

Or, le joual n’est pas que français ou anglais. En réalité, le joual est québécois : purement, merveilleusement québécois. C’est un harmonieux mélange entre une base francophone, un anglais déformé et des expressions incongrues dont le sens échappe encore et toujours au reste du monde. Le joual est une langue imagée qui a subit les influences du temps : un véritable théâtre pour les oreilles.

Malheureusement, cette beauté de l’évolution langagière était et est toujours persécutée et rétrogradée au stade de sous-langage. Nous sommes harcelés de tous côtés pour mettre fin à ce supplice auditif qu’est le sociolecte québécois pour les autres peuples. Nos voisins anglophones nous poussent, en toute logique, vers l’anglicisation, tandis que nos cousins européens francophones s’indignent devant cette honte que nous sommes pour la langue française et pour nos ancêtres colons. Notre parlure est considérée comme une atrocité; l’évolution fait peur. Le français «véridique» et «d’origine» n’a pas toujours été ce qu’il est aujourd’hui : cette idée de langue «pure» n’est qu’une idée préconçue de la société. En effet, notre langue-mère est plutôt le résultat d’un latin sculpté avec le temps par les influences extérieures. Ceci étant dit, depuis la nuit des temps, le langage est soumis à l’évolution; ça n’en fait pas quelque chose d’immonde et d’impropre pour autant. Les expressions et déformations langagières propres à un peuple font de lui ce qu’il est : c’est une empreinte intemporelle dans la littérature et l’histoire, trace de la culture québécoise francophone du 20e siècle à aujourd’hui.

Soyons fiers de notre empreinte.

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