Cimetière de relations perdues

Le silence entre mon père et moi est une tombe

Dans laquelle l’amour paternel aurait mis à mort

Homophobie, sexisme, perpétuelle peur de la différence

Conversation muette sur tous mes torts

Ceux qu’on me nie par espoir que le vent change

Que je cède aux pressions et tire ma révérence

Mon père est un homme bon

Mais il a élevé une femme d’ambition

Une femme d’arts et de lettres

Plutôt que de science et de silence

 

Une femme qui se tient droite et crie ce qu’elle pense

Je me bats pour l’égalité des sexes et des races

Pour l’environnement et la justice sociale

Pour tout ce en quoi il ne peut croire

Et qu’en moi il refuse de voir

Mon père est un homme bon

Et il se réjouit de la femme qu’il a élevée

Puisqu’il a creusé une cave entre nous

Et qu’il sait qu’au moment donné

Il peut saisir ses peurs à grandes brassées

Et les jeter entre nous comme des bûches

Soulevant de ses épaules

Le poids de lourds reproches

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La femme cigarette

Je ne veux pas être la femme cigarette
La femme éphémère
Celle que l’on porte à nos lèvres
Que l’on embrasse le temps d’une bouffée d’air
Celle que l’amour consume
Et qui chaque jour s’éteint un peu plus.

Je ne veux pas être la femme cigarette
La femme qui brûle pour tous
Puisqu’elle est prise dans l’instantanéité
Que la brise la porte avec elle
Mais que son corps reste attaché
À la main d’un homme infidèle

Je ne veux pas être cette femme
La femme éphémère
Puisqu’elle dépend de celui qui la tient
Et qu’à coup sûr sa flamme s’éteindra
Et c’est à ce moment qu’elle verra la fin
Elle ne sera plus
Que ce qu’on ne lui volera pas

Tu me manquais moins de loin

Tu viens seulement de partir que déjà tu me manques, puisqu’il y a un grand vide là où ton corps s’étendait dans mon lit hier soir et que, malgré les efforts, nulle couverture ne peut égaler la chaleur de ta peau sur la mienne. Je sens le faible courant d’air émis par mon ventilateur, que je n’ai pas touché depuis que tu l’as fait, et je m’attriste du fait que tu n’aies rien oublié qui me rappellerait que tu étais là. Tout ce qu’il me reste de toi est un tas de cari répandu sur la table de la cuisine à côté d’un dépliant de musée froissé qui font naître en moi un sentiment de nostalgie pour un jour qui n’était qu’hier.

La peur m’anime en cette soirée des plus anodines: une peur à la fois douce et violente. La peur de perdre un amour plus grand que ce que l’imagination peut créer. J’ai été laissée tant de fois auparavant, chaque fois un peu plus facilement. On s’habitue à laisser partir les gens qui ne veulent pas être dans notre vie. Je continuerais aisément de survivre sans toi, mais l’idée de vivre à tes côtés m’apparaît plus doucement et je crains de perdre ce potentiel futur couleur barbe à papa à quelque part dans les 600 kilomètres d’eau salée et de pavés qui nous séparent.

En réalité, ce n’est pas seulement toutes ces heures de voitures et de bateau et d’autobus qui m’inspirent la soudaine précarité de notre relation, mais plutôt le sentiment que tu ne connais pas l’amour que je te porte et que je ne pourrai jamais te le traduire pleinement outre par ma présence. Ces mots que j’écris ici n’en sont qu’une faible tentative qui ne te sera peut-être jamais dévoilée puisque je crains que l’ampleur de mes sentiments ne te fasse te refermer sur toi-même à la manière de ta main sur la mienne.

Mais ce n’est pas ainsi tous les soirs, puisque je continue de croire que tu m’aimes et que je te manque malgré mes inlassables remises en question de ma capacité à être aimée. Une partie de moi croit en nous avec la force de 18 armées parties en guerre contre la distance et, ces soirs où je me couche dans mon grand lit vide, je me rapelle tout l’amour qui parcourt ces 600 kilomètres de marées et de vents. Ces soirs, la peur me quitte pour laisser place à l’excitation, puisque je sais qu’il y a un jour qui arrive à la course où tu seras là et où la nostalgie d’hier n’aura plus lieu d’être.

Tunnel vision

I walked the streets not a care in the world
I walked the streets suddenly colliding with my old self
Colliding with my old self uncapable of ignoring it
Colliding with everyone else’s happiness when mine had went missing for what seemed forever
Colliding with the fact that life isn’t the same anymore and change isn’t always for the best and you’re not the same anymore
I walked the streets not a care in the world
For months
I walked the streets and I couldn’t hear the birds twittering in the trees
I couldn’t see the sun set on the sea
I couldn’t feel the soft salty air in my hair
because I was going through a tunnel and the end was never approaching and the connection was bad so I couldn’t hear a thing
And the end was never approaching
Making my way through the dim yellowy light
I wanted the tunnel to end
So I walked the streets, not a care in the world
I walked the streets ignoring the cars running by
Ignoring every warning sign and every loving sign
I walked the streets not strong enough to kill myself
Hoping someone else would do it for me.

I have waited.
But they never did.

What we have

What we have

What we have
is a thing of beauty
I don’t believe in God
but I do believe
if there was a God
we would be God’s will

What we have
may or may not
be eternal
yet for now
I feel like eternity
is ours

What we have
is nothing complicated
nothing perfect
What we have,
all we have
is full of flaws and complications

What we have
is the best I’ve had
it’s all I want
all I’ll ever want
and I’ll never ask you
for anything more than you can give

What we have is love
and love only